La langue romani, comme toutes les autres langues, présente une certaine variété de formes à l'état naturel. A la différence de la plupart des autres langues toutefois, cette variété se manifeste également au niveau de la langue commune. La linguistique moderne a prouvé qu'une unification intégrale des formes dialectales d'une langue n'est ni réalisable, ni même désirable surtout dans les conditions de dissémination des locuteurs de cette langue dans plusieurs Etats. Il suffit que les différents parlers convergent suffisamment entre eux, jusqu'à ce qu'il n'y ait aucune difficulté dans la communication. Ainsi, les parlers préservent-ils leur personnalité propre tout en éliminant graduellement les seuls éléments qui entravent l'intercompréhension à l'intérieur de l'espace linguistique romani. Pour réaliser cet abécédaire, nous nous sommes appuyés sur cette base théorique et aussi sur le principe que l'élève doit assimiler non seulement un code graphique mais aussi un processus dynamique de rapprochement des parlers. Cet abécédaire se fonde donc entièrement sur le vocabulaire commun à tous les parlers, de tel sorte que l'on puisse l'utiliser dans l'Europe entière. Lorsqu'il n'existe pas de mot commun à tous les parlers, nous donnons les deux formes, comme par exemple pani, pai et paj "eau" ou bien les deux mots, comme par exemple korr et men "cou", ʒukel et rikono "chien" etc... Suivent des explications plus détaillées sur le but et la façon d'utiliser chacune des 53 unités dont se compose l'abécédaire.

 

        Les mots romani sont écrits en caractères gras et les prononciations sont données en règle générale d'abord en Alphabet[1] Phonétique International (API) entre crochets droits puis éventuellement en transcription française entre petites accolades. Lorsque la prononciation est la même qu'en français ou qu'elle découle de la description qui en est faite, aucune transcription n'est donnée.

 

1) La séparation en syllabes de la chaîne parlée est un phénomène naturel chez l'enfant, comme on peut le remarquer lorsqu'il scande une comptine. Dans la première unité, l'enfant apprend à lier un symbole (petit trait) à une émission de voix (syllabe): ba\kro "mouton", śo\śoj "lapin", nakh "nez", gu\rum\ni "vache", an\grus\tik "bague", dan\da "dents", ker\mu\so (ou ʒi\vin\do) "rat, souris" et kham "soleil". Les mots ont été choisis de telle sorte que le nombre des syllabes soit en principe le même dans tous les parlers.

 

2) Dans l'unité 2 on présente la première lettre: o, qui est aussi l'article du masculin. A nouveau on a des mots à prononcer syllabe par syllabe, mais cette fois précédés de l'article o: o kher "la maison", o pè\ta\lo "le fer à cheval", o ja\rro (ou van\do, an\ro, ar\no etc...) "l'œuf", o baś\no "le coq", o xer "l'âne", o kò\ka\lo "l'os".

 

3) Dans l'unité 3 apparaît le deuxième lettre: i qui est en même temps l'article féminin: i lu\lu\di (ou i lu\lu\dǐ) "la fleur", i jag "le feu", i rroj "la cuiller", i kan\gli(k) "le peigne", i mu\si "le bras" et i baj "la manche".

 

4) L'unité 4 présente à nouveau la syllabation, avec des articles entremêlés: i ber\li (ou bur\li) "la guêpe", o ka\miò\ni "le camion", o gras(t) "le cheval", i gras\ni "la jument", o xer "l'âne", i xer\ni  "l'ânesse", o ba\kro "le mouton", i ba\kri "la brebis", i buz\ni  "la chèvre" et o buz\no "le bouc".

     

5) Dans l'unité 5, apparaît la lettre a, laquelle avec o et i, constitue le noyau vocalique des syllabes des mots de cette unité: o ma\rro (ou man\ro, mar\no etc…) "le pain", o pa\ni "l'eau", o nakh "le nez", o kò\ka\lo  "l'os", i ka\ka\ràś\ka "la pie", et o (v)i\lo (ou ji\lo) "le cœur".

 

6) L'unité 6 présente la première consonne, b: i bibi "la tante", o bàbo "le père", o bòbo "le maïs", baro "grand", tikno (ou cikno) "petit".

 

7) La lettre u apparaît dans l'unité 7; par sa forme, elle rappelle le contour du pied d'un champignon et justement dans le nom du champignon se trouve deux fois la lettre u: o xuxur (ou xundrul) "le champignon". Attention, x se prononce comme la jota espagnole ou le ch allemand dans "rauchen", jamais comme [ks] du français. Le nom bùbi est un nom de chien.

Exercice de lecture de syllabes ouvertes (ba bi bo...) sans le soutien d'une illustration ou d'une signification. C'est là un pas important vers la perception abstraite du signe écrit.

 

8) Lettre r: baro "grand", i bori "la bru", ròba "la robe"; o bàbo, o bàbi, o bàba "le papa" (trois variantes hypochoristiques). Les élèves peuvent demander: "Pourquoi sur certaines voyelles y a-t-il un petit trait ?". Dès maintenant, on peut leur expliquer:

"Ce petit trait s'appelle accent grave.

—lorsqu'il n'y a pas d'accent au-dessus du mot, on sait que c'est la dernière syllabe du mot qui est prononcée accentuée: barO, borI etc...;

—lorsque c'est une autre syllabe que la dernière qui est accentuée, alors on la marque par cet accent grave au-dessus: ròba, bàbi etc..."

 

9) La lettre m ne présente pas de difficulté.

 

10) La lettre s non plus ne présente pas de difficulté. Les élèves peuvent remarquer l'usage de la lettre majuscule dans le nom propre Samìri.

 

11) Lettre p. Les locuteurs de certains parlers peuvent s'étonner ici de trouver la forme piro pour "pied", car ils connaissent les formes purro, punro, pindro etc... qui ne sont pas rares. Il faut leur expliquer que toutes ces formes aussi sont correctes, mais qu'elles présentent des difficultés dans l'écriture et que donc elles seront apprises plus tard. Ces élèves de toute manière connaissent aussi la forme piro, très répandue, même s’ils ne l'utilisent pas personnellement.

 

12) Avec la lettre e s'achève l'étude des voyelles du romani commun. Dans cette unité, des dessins remplacent les mots contenant des sons qui n'ont pas encore été appris: o Samìri [thovel] po piro "Samir [lave] son pied", i Maria [thovel] pe pire "Maria [lave] ses pieds, isi ma 2 pire "j'ai deux jambes/pieds" et mo bàbo [anel] 2 mare "mon père [apporte] deux pains". A cette occasion, l'élève apprend aussi le chiffre 2.

 

13) Pour la première fois, l'élève se trouve face à face avec la réalité de la variété des formes que la langue romani manifeste aussi à l'écrit. Il doit s'habituer à cette situation qui préserve la personnalité de chaque dialecte, mais il doit aussi acquérir une connaissance passive des formes des divers autres parlers, sans renoncer à utiliser activement le sien. En fait, dans leur grande majorité, les élèves ont une riche expérience dans cette direction, bien avant d'entrer à l'école, grâce aux nombreux contacts de quartier: me sinum rom etc... "je suis rom", amen sinam roma etc... "nous sommes roms", o Samìri isi rom "Samir est rom", i Màra isi romni "Mara est romni"; à la fin de la page sont montrées les deux formes du mot "eau": pani et paj.

 

14) Révision de la lettre n (le mot golni "ballon" est remplacé par une illustration). Exercice de lecture de syllabes ouvertes (ne pa so...), de mots isolés (musi amaro...) et de  syllabes fermées (mar mis bon...). L'élève exerce aussi les numéraux  1 <jekh> et 2 <duj>.

 

15) La lettre v en syllabes ouvertes et fermées. Début de conversations brèves dans le texte.

 

16) La lettre d.

 

17) La lettre t.

 

18) La lettre j en milieu et en comme fin de mot. Elle se prononce toujours comme en phonétique [j] (fr. {ï} comme dans "maïa" ou {y} comme dans "Maya").

Le chiffre 3 (trin).

Selon le parler, la paire antonymique "il y a — il n'y a pas" se dit isi — nane, isi — nanaj ou isi — naj, comme le montre l'illustration.

 

19) La lettre k se prononce toujours [k] devant les voyelles a, o et u indépendamment du parler.

Remarque - les voyelles se divisent en antérieures (e et i), prononcées dans la partie antérieure de la cavité buccale et en non-antérieures (a, o et u), prononcées dans la partie moyenne de la cavité buccale (a) ou dans sa partie postérieure (o et u). Comme on le verra, cette division est d'une importance particulière en romani.

 

20) Cette unité également est consacrée à la lettre k mais cette fois devant les voyelles antérieures e et i. Dans cette position, k se prononce [k] dans la plupart des parlers; c'est là la prononciation la plus ancienne et celle qui est recommandée pour les Gitans qui souhaitent apprendre le romani commun; toutefois, tous les utilisateurs doivent s'habituer à comprendre aussi les autres parlers, ceux qui palatalisent ce k en [kj] ou même en affriquée [t∫], soit {ch}.

Remarque: En français, on a de même une différence de prononciation de la lettre c devant d'une part e et i et d'autre part devant a, o et u; sur le principe, c'est du même phénomène qu'il s'agit, même si le résultat est différent au niveau de la prononciation.

En toute état de cause, chaque élève lit cette lettre selon sa prononciation propre (bien sûr si le romani est parlé dans sa famille), comme il a appris de ses parents. Nous nous trouvons ici en face du principe le plus important de l'écriture commune de la langue romani, lequel énonce que dans la forme écrite, il n'y a pas ou guère de différence sensible mais à la lecture, chacun suit sa prononciation propre.

 

21) L'élève fait connaissance avec les voyelles "préyotisées", lesquelles sont caractéristiques de la phonologie de la langue romani: la diphtongue [ja], soit {ya}, fonctionne en romani comme une seule unité phonologique dans le système linguistique et en conséquence, elle s'écrit à l'aide d'un signe unique ǎ (a surmonté d'un inflexe). Nous pouvons dire la même chose des diphtongues [jo], soit {yo} et [ju], soit {you}, que nous notons également à l'aide d'un signe unique ǒ et ǔ respectivement. Il est à remarquer que les Roms qui ont vécu en Roumanie (notamment les Kelderars) ont pris pour la diphtongue ǎ la prononciation de la diphtongue roumaine "ea", à savoir [e8a] au lieu de [ja]. L'élève apprend à prononcer correctement cette diphtongue à l'aide des exemples fournis par la leçon. En ce qui concerne les Gitans, la prononciation recommandée est [ja], soit {ya}, [jo], soit {yo} et [ju], soit {you} respectivement en toute position. La première phrase est donnée dans deux parlers caractéristiques des principaux dialectes de la langue romani pour que les élèves puissent voir la différence entre eux (un parler de la strate I et un parler de la strate III)[2]. Les élèves qui pratiquent certains parlers, notamment de Skopje et Sofia, peuvent remarquer ici un autre phénomène; le groupe r + ^ (c'est-à-dire [rj], soit {ry}) se prononce dans leur parler avec le [j] {=y}  précédant le r:

Exemples:

Prononciation                       commune                                      particulière

porǎ  "tripes"                        [porja] {=porya}                             [pojra] {=poyra}

kirǎ "fourmis"                       [kirja] {=kirya}                                  [kijra] {=kiyra}

dorǎ "ficelles"                       [dorja] {=dorya}                              [dojra] {=doyra}

barǎvav "je grandis"           [barjovav] {=baryovav}                  [bajrovav] {=bayrovav}

Cette prononciation est limitée à quelques parlers des Balkans et elle n'est pas recommandée en dehors de cette zone.

 

22) Dans cette unité l'élève apprend à lire les voyelles préyotisées après la dentale d. Dans la plupart des parlers, la prononciation est [dj], soit {dy}: [kerdjom, kerdjum, etc..] soit {kerdyom, kerdyoum} tandis que dans certains autres parlers, cette dentale d se palatalise en un son proche de celui de [dʒ], c'est-à-dire proche du dj de "Djakarta", "Djibouti" ou du j de "jazz", etc… Dans les parlers de Skopje et Sofia il est réalisé comme un g mouillé si bien que nous avons en fin de compte de nombreuses variantes réalisatoires: [kerdjom, kerdʒom, kerg'om, kergjom, kerdjum, kerdʒum, kerg'um, kergjum etc...], soit {kerdyom, kerdjom, kergyom, kerdyoum, kerdjoum, kergyoum etc...} et aussi [kerdom] sans le [j] et bien entendu [kerdem] des kelderars et lovaris. Le même phénomène intervient bien entendu dans les autres mots similaires. On voit que la multiplicité des prononciations est réduite à l'écrit à une poignée de formes. Pour les Gitans désireux d'apprendre le romani commun, la prononciation recommandée est [dj], soit {dy}.

 

23) La prononciation de la lettre l est douce devant les voyelles antérieures e et i, un peu comme le son gli  de l'italien ou le ll  de l'espagnol.

 

24) Un bref récit introduit la lettre c qui se prononce [ts] comme dans "tsigane", mais jamais comme le c du français. Révision de lettres déjà vues.

 

25)  Comme on l'a déjà remarqué dans l'unité 23, le son l est doux devant les voyelles antérieures. En toute autre position, à savoir:

i) devant a, o et u;

ii) devant une consonne et

iii) à la fin d'un mot, sa prononciation est dure, comparable à celle du l sombre anglais ou de l' l finale espagnole après un a. Les Gitans qui désirent apprendre le romani peuvent toutefois utiliser une prononciation moyenne comme en espagnol ou en caló, sans que cela prête à confusion.

O parno vast "la main/race blanche" et o kalo vast "la main/race noire" sont "deux ami(e)s": duj amala/amalinǎ.

 

26) Apprentissage de la lettre g, qui est prononcée toujours [g] devant les voyelles non antérieures a, o et u, exactement comme en français dans cette même position.

 

27) Texte bref donnant l'occasion à l'élève de réviser ses connaissances sur les lettres g et d en diverses positions.

 

28) Les voyelles préyotisées adoucissent un l les précédant tout comme le font les voyelles antérieures. Ainsi, c'est le même l mouillé que l'on entend aussi bien dans berlǎ et rovlǎ que dans berli et rovli. L'élève révise les chiffres de 1 à 4 et aborde les additions simples: 1+ 2 = 3; 3 + 1= 4 etc...

 

29) Suite de l'unité 28: l suivi de voyelles  préyotisées et additions simples.

 

30) L'unité 26 a présenté la lettre g, toujours prononcée [g] devant les voyelles non-antérieures a, o et u. Cette unité-ci également est consacrée à la lettre g mais cette fois devant les voyelles antérieures e et i. Dans cette position, g se prononce [g] dans la plupart des parlers; c'est là la prononciation la plus ancienne et celle qui est recommandée pour les Gitans qui souhaitent apprendre le romani commun; toutefois, tous les utilisateurs doivent s'habituer à comprendre aussi les autres parlers, ceux qui palatalisent ce g en [g’] ou même en affriquée [dʒ], soit {dj}. Remarque: tout comme pour c, vu plus haut à l'unité 20, on a de même en français une différence de prononciation de la lettre g devant d'une part e et i et d'autre part devant a, o et u; sur le principe, c'est du même phénomène qu'il s'agit, même si le résultat est différent au niveau de la prononciation. En toute état de cause, chaque élève lit cette lettre selon sa prononciation propre (bien sûr si le romani est parlé dans sa famille), comme il a appris de ses parents. Nous retrouvons ici ce principe si important de l'écriture commune de la langue romani, selon lequel dans la forme écrite, il n'y a pas ou guère de différence sensible mais à la lecture, chacun suit sa prononciation propre. On considère que les élèves qui, dans leur parler maternel, prononcent ce g comme une explosive le lisent de la même façon en classe tandis que ceux qui le palatalisent en [g'], [gj], soit {gy} ou [g], soit {dj}, le prononcent exactement de la même manière qu'à la maison. A la lecture en classe, ils reprennent donc la forme qu'ils ont apprise de leurs parents.

 

31) L'élève découvre le signe  diacritique sur l's, permettant d'obtenir une nouvelle lettre ś, laquelle se prononce [∫], c'est-à-dire comme le {ch} du français: śośoj "lapin" se prononce [∫o∫oj], c'est-à-dire {chochoï}.  Il est important de souligner que le signe diacritique est partie intégrante de la lettre, tout comme en français la cédille fait partie de la lettre ç  ou encore le tilde fait partie de l'ñ  espagnol. Kobor, kozom, sode et keci sont des mots de divers dialectes qui signifient tous "combien ?".

 

32) Premier contact de l'élève avec une consonne aspirée: ph qui ne présente aucune difficulté. A noter toutefois qu'elle se prononce toujours comme un p  suivi d'un h expiré et jamais comme le ph du français dans "philosophie". L'enseignant peut souligner que les consonnes  aspirées sont caractéristiques des langues de l'Inde mais qu'on les trouve aussi dans d'autres langues, comme le grec ancien ou les langues germaniques par exemple.

 

33) Premier contact de l'élève avec la lettre ć qui comporte le même signe diacritique que le ś. Cette lettre se prononce [t∫], c'est-à-dire {tch} comme dans "tchèque".

 

34) Garavdo lav, litt. "mot caché", ce qui signifie "devinette". Cette unité en comporte trois qui permettent une révision des lettres ś et ć.  L'enseignant pourra mettre à profit la valeur symbolique de la troisième devinette pour en tirer des conclusions éducatives ("Je ne peux pas prendre la tienne si je ne donne pas la mienne; qu'est-ce que c'est? — La main.")

 

35) Après l'unité consacrée à la lettre ć, nous passons au digraphe ćh qui peut selon les dialectes présenter deux prononciations complètement différentes:

-ou bien il représente l'équivalent aspiré du ć et dans ce cas se prononce comme [t∫h], c'est à dire {tch'h}: {tch} suivi d'un {h} expiré. Cette prononciation est la plus répandue du point de vue géographique; c'est aussi la plus ancienne et elle représente la prononciation indienne originale. C'est celle que l'on recommande aux Gitans désirant apprendre le romani commun.

-ou bien il note une ś fortement adoucie (transcrite [ɕ] en Alphabet Phonétique International); cette prononciation est caractéristique des groupes kelderar et lovari, vivant notamment en Roumanie, Hongrie, Russie, Suède, France et Amérique du Nord comme du Sud.

On appelle "mutation des affriquées" le changement de prononciation faisant passer de [t∫h] ({tch'h} aspiré) à [ɕ] ({ch} adouci). Le professeur mentionnera bien entendu les deux prononciations, en soulignant le fait qu'elles s'écrivent de la même manière, mais utilisera la prononciation maternelle de ses élèves durant les exercices.

Le mot tez "tranchant" est absent de nombreux parlers, où il est remplacé par des emprunts locaux ou des expressions spécifiques comme mordo, litt. "frotté": ćhurik mordi "couteau affûté".


36) Apprentissage d'une autre consonne aspirée: th, et révision du ph. A noter que th se lit toujours comme un t suivi d'un h aspiré et jamais comme le th de l'anglais.

 

37) Comme c'était le cas avec les voyelles préyotisées suivant un d, ces mêmes voyelles modifient aussi la prononciation d'un t les précédant, et ceci dans les mêmes parlers que ceux où a lieu la modification pour le d. Alors que dans la majorité des parlers les séquences t+ǎ et t+ǒ se lisent respectivement [tja], soit {tya} et [tjo], soit {tyo}, il existe des parlers présentant des prononciations palatalisées comme [tja] et [tjo], [kja] et [kjo] ou [t∫a], c'est-à-dire {tcha} et [t∫o], c'est-à-dire {tcho}. Bien entendu, à côté de la forme tœ "ton", caractéristique des Gurbets et ¢ergars (strate II) et des Kelderars et Lovaris (strate III), de nombreux parlers, notamment de la strate I présentent la simple forme to. Ici encore on considère que l'élève s'exerce à lire en appliquant exactement sa prononciation maternelle. Pour les Gitans, c'est la prononciation [tja], c'est-à-dire {tya} et [tjo], c'est-à-dire {=tyo} respectivement qui est recommandée.


38) Les voyelles i et e peuvent se présenter elles aussi avec l'inflexe ˅ qui note la préyotisation, mais seulement dans un nombre limité de parlers, notamment chez les Gurbets et les ¢ergars de la péninsule balkanique (strate II de la division dialectologique), mais aussi, en dehors des Balkans, chez les Kelderars et les Lovaris.  L'inflexe sur un i ou un e apparaît uniquement  après une occlusive dentale t, th ou d. Il indique que la dentale en question se prononce  plus ou moins palatalisée par exemple [t'], [t'h], et [d'] respectivement  ou [k'], [k'h] ou [g'] ou même comme une affriquée: [t∫], [t∫h] ou [dʒ], soit le {dj} de jazz. Cette dernière prononciation est la plus répandue dans le groupe de parlers en question. En outre dans un nombre très restreint de parlers locaux, la séquence di se prononce [zi], par exemple chez les Bugurs de Cossovie et dans certains villages des districts de Lom, Vidin et Pleven en Bulgarie. Pour le Gitan qui souhaite s'initier au romani commun, toutes ces considérations dialectales sont de peu d'importance; il retiendra seulement que l'orthographe est toujours la même et il lira simplement ǐ comme [i] et comme  [je], c'est-à-dire {yé} ou simplement [e]. Ainsi le mot "jour", outre la forme longue dives (var. dǐves), présente selon les parlers diverses prononciations [djes], [gjes], [dʒes], [zes] etc... toutes rassemblées sous l'écriture commune d s.


39) La lettre z se prononce exactement comme en français ou en anglais, c'est-à-dire comme l'équivalent voisé de s, jamais comme le z de l'espagnol, de l'italien ou de l'allemand.

 

40) Exactement comme les deux autres consonnes occlusives dorsales k et g, leur équivalent sourd aspiré kh se prononce toujours explosif [kh] devant les voyelles a, o et u, indépendamment du parler considéré.

 

41) Comme c'était le cas avec les dorsales k et g, leur correspondant sourd aspiré kh se prononce de diverses manières selon le parler devant voyelles antérieures e et i. Dans cette position, k se prononce dans certains parlers comme [kh] et c'est là la prononciation la plus ancienne et celle qui est recommandée pour les Gitans apprenant le romani commun; toutefois, tous les lecteurs doivent s'habituer à comprendre aussi les autres parlers, ceux qui palatalisent ce kh en [k'h] ou même en affriquée [t∫h], c'est-à-dire {tch'h}.

De même que pour k et g, chaque élève lit cette lettre selon sa prononciation propre (bien sûr si le romani est parlé dans sa famille), palatalisée ou non, mais en tout état de cause comme il a appris de ses parents. Nous retrouvons ici cet important principe de l'écriture commune de la langue romani: dans la forme écrite, il n'y a pas ou peu de différence sensible mais à la lecture, chacun suit sa prononciation propre.

 

42) De même que la lettre ćh présente deux prononciations différentes selon que le dialecte considéré a subi ou non la "mutation des affriquées" (voir unité 35), de même la lettre ʒ se prononce de deux façons différentes:

-ou bien il représente le son [dʒ], c'est-à-dire le {dj} de "Djakarta", "Djibouti" ou "jazz"; c'est la prononciation originale indienne, celle d'avant la mutation.

-ou bien il note un ź fortement adouci, noté [ʑ] en Alphabet Phonétique International. Cette prononciation caractérise la strate III (parlers kelderars et lovaris).

Le passage de [dʒ] ({dj}) à [ʑ] ({j} adouci) dans la prononciation constitue, avec le passage concommitant de [t∫h] ({tch'h} aspiré) à [ɕ] ({ch} adouci — cf. unité 35) est connu sous le nom de "mutation des affriquées". Il est important de noter que ces deux passages sont inséparables et ont lieu parallèlement dans les dialectes à mutation. En outre, plusieurs parlers de Bulgarie présentent une simplification de [dʒ] en [ʒ], mais il s'agit d'un autre phénomène que la mutation qui nous occupe. Cette prononciation est à éviter, de même que celle de certains Roms, notamment de Hongrie, qui ne distinguent plus ś de [ɕ] issu de ćh ni ź de [ʑ] issu de ʒ par mutation. Dans le vocabulaire caló, qui provient de la couche la plus ancienne des dialectes rom, le phonème ʒ est resté affriqué mais il s'est assourdi sous influence espagnole et il est maintenant prononcé [t∫], c'est-à-dire {tch} comme le ch castillan; comparer par exemple:

mot rom                                  dialectes               parlers                  dialectes

                                           avant mutation          calós                 après mutation

                                                 [dʒ]                        ch [t∫]                    [ ʑ]

ʒukel "chien"                          [dʒukel]                 chuquel                [ʑukel]

ʒanel "savoir"                         [dʒanel]                 chanelar               [ʑanel]

ʒungalipen "abjection"          [dʒungalipen]       chungalipen         [ʑungalipen]

Il est important de rappeler que l'enseignant mentionnera les diverses prononciations mais travaillera avec l'élève celle que ce dernier utilise naturellement en famille.

 

43) L'unité 43 est consacrée à la palatalisation des dorsales k, g et kh devant voyelles préyotisées. Comme c'était le cas devant les voyelles antérieures, les dorsales se palatalisent dans toute une série de parlers lorsqu'elles précèdent une voyelle préyotisée, exactement comme elles le font devant les voyelles antérieures (cf. unités   20,  30 et 41).

Pour les Gitans, la prononciation recommandée est celle des parlers les plus anciens, à savoir [kja], [gja], [khja], [khjo], [gja] et [gjo], soit {kya}, {gya}, {khya}, {khyo}, {gya} et {gyo} respectivement.

 

44) Comme la lettre f ne présente aucune difficulté, nous avons également introduit la lettre ź dans le mot źiràfa.

 

45) Révision de la lettre ź à l'aide d'un bref récit et d'une devinette sous deux formes dialectales.

 

46) Dans ce bref poème populaire d'Europe Centrale, on trouve un mot important de civilisation rom: dikhlo "fichu". Ce mot a été perdu par les parlers des Balkans (ils disent śamìa), mais les Gitans l'ont bien gardé — ils l'écrivent souvent à l'espagnole dicló.

Cette unité présente une devinette dans deux grandes formes dialectales pour illustrer leur similitude à travers leurs différences; elle est complétée par une devinette sans caractère dialectal, c'est à dire écrite de manière identique quel que soit le dialecte considéré.

 

47) L'unité 47 introduit la lettre x qui note le même son que la jota espagnole ou le ch allemand dans "rauchen", jamais comme [ks]. Certains parlers ont tendance à prononcer ce son comme le [h] de l'anglais ou de l'allemand, mais cette tendance n'est pas à encourager. C'est là une exception au principe fondamental de l'écriture commune avec prononciations diverses: les parlers maternels ne servent pas de référence absolue car cela causerait dans ce cas précis un certain nombre d'homonymies entravant la compréhension.

 

48) Dans cette unité, l'élève fait connaissance avec la lettre h, qu'il a déjà rencontrée, non comme lettre indépendante, mais comme partie intégrante des digraphes ph, th etc... Malgré tout, elle existe aussi indépendamment et note le même souffle qu'en anglais ou allemand.

 

49) Ici à nouveau nous avons affaire à un problème très délicat de la phonologie romani. Jusqu'ici nous n'avons vu qu'une sorte de r. Or, dans une série de parlers, les Roms en distinguent deux: un r simple, roulé comme en italien ou espagnol, et un autre qui peut avoir des prononciations diverses selon le parler considéré: dans les parlers les plus anciens, il est réalisé rétroflexe, c'est à dire avec la pointe de la langue retournée vers le milieu du palais, un peu comme en anglais américain. Dans d'autres, il peut avoir la valeur de la jota ou du rr fort espagnols, ou bien encore du r grasseyé français. Il peut aussi être nasalisé ou prénasalisé ou même se prononcer comme un groupe entier [-ngr-] ou [-ndr-]. Il peut enfin s'identifier au r simple et leur différence est alors neutralisée.

Conformément à la décision du 4e Congrès Mondial Rom, la différence à l'écrit ne se note que pour les parlers où une telle différence existe effectivement à la prononciation. L'[r] simple roulé est alors écrit r, tandis que l'autre est écrit rr, indépendamment de sa prononciation concrète.

Le mot "pied" avait un tel rr en romani ancien: pirro; c'est ce qui explique les deux formes rencontrées en calo: piro avec perte de la différence et pindro avec réalisation comme groupe [-ndr-]. La meilleure prononciation pour les Gitans reste celle du  rr fort castillan: pirro (mais pindro est également correct).

 

50) Les quatre dernières unités de l'abécédaire sont consacrées à trois lettres particulières, qui ne se rencontrent que comme lettre initiale d'une toute petite classe de mots, les postpositions. Ces postpositions sont caractéristiques de la langue romani et des autres langues indiennes, bien qu'on les trouve aussi dans d'autres langues, comme le turc ou le hongrois. Les "lettres postpositionnelles", θ, ç et q, ont diverses valeurs, d'une part selon leur position (qui peut être de deux sortes: soit après la nasale n, soit après tout autre son) et d'autre part selon le parler considéré. Les règles qui régissent leur prononciation et qui dans certains parlers sont extrêmement complexes s'appellent du nom indien de sandhi; de telles règles de sandhi ont une importance toute particulière dans les langues indiennes, surtout anciennes, où elles sont très complexes.

La lettre θ apparait dans deux postpositions: -θar indiquant l'origine, le lieu d'où l'on vient "de, depuis" (e gaves-θar"(venant) du village" et -θe   indiquant le lieu où l'on est "à, chez, dans" (me dades-θe "chez mon père"); cette lettre a une prononciation simple: elle se lit toujours [-d-] après n et toujours [-t-] en toute autre position, comme le montrent les exemples.

C'est la prononciation à retenir pour les Gitans, la plus ancienne et la plus simple.

Dans certains parlers des Balkans, cette lettre a la propriété de modifier la prononciation d'un s la précédant ou de l'amuir complètement.

 

51) La lettre postpositionnelle ç se rencontre dans une seule postposition: -ça ou -çar, indiquant l'accompagnement ou l'instrument "avec, en compagnie de, au moyen de": me phralen-çar  "avec mes frères".

Cette lettre se prononce toujours [-ts-] après n  (sauf dans certains parlers de Turquie, où elle est prononcée [-dʒ-], c'est-à-dire {-dj-}), tandis qu'en toute autre position sa prononciation dépend entièrement du parler considéré: la prononciation la plus ancienne et la plus répandue est [-s-] — c'est celle qui est recommandée aux Gitans, mais on entend aussi souvent [-h-] ou [-j-], c'est-à-dire {y, ï}; dans certains parlers enfin, cette lettre est muette.

Ainsi mança(r) "avec moi" se prononce [mantsa(r)] en général, tandis que tuça "avec toi" se prononce [tusa], [tuha], [tuja], c'est-à-dire {touya, touïa}, {touha} ou même [toua].

 

52) Nous diviserons l'introduction de la dernière lettre postpositionnelle q en deux unités. Dans l'unité 52, l'élève apprend sa prononciation devant la voyelle non-antérieure o:-après n, q se prononce toujours [-g-], -après a, q se prononce toujours [-k-] -tandis qu'après s la lettre q constitue avec ce s la séquence -sq-, laquelle, selon le parler considéré, se prononce [-sk-], [-hk-], [-k-] ou seulement [-s-].

Une fois de plus, chaque élève doit exercer la lecture selon les lois de prononciation de son parler maternel; lorsque nous avons dans la classe des élèves de parlers maternels différents, on peut donner la préférence à la prononciation [-sk-] qui est la plus ancienne et la plus répandue; c'est aussi celle qui est recommandée aux Gitans apprenant le romani commun.

 

53) Dans cette unité disposée en deux pages, l'élève apprend la prononciation de la lettre postpositionnelle q devant les voyelles antérieures e et i . En cette position, elle se palatalise exactement comme les dorsales g et k,  puisqu'à la vérité c'est une dorsale (mais dont le trait sourd/sonore est défini uniquement par la position: sonore lorsqu'elle suit un n, sourde après tout autre son):

-après n, la lettre q se prononce [-g-] dans les parlers qui ne palatalisent pas leurs dorsales devant les voyelles antérieures e et i, alors que dans les autres elle se palatalise exactement comme g en cette même position (voir unité 30); c'est la prononciation non palatalisée [-g-] qui est la plus naturelle pour les Gitans.

-après a, la lettre q se prononce [-k-] dans les parlers qui ne palatalisent pas leurs dorsales devant les voyelles antérieures e et i, alors que dans les autres elle se palatalise exactement comme k dans la même position (voir unité 20); c'est la prononciation non palatalisée [-k-] qui est la plus naturelle pour les Gitans.

-enfin, après s, la lettre q constitue avec ce s la séquence -sq-, laquelle, selon le parler considéré, se prononce [-sk-], [-hk-], [-k-] ou seulement [-s-], ceci dans les parlers qui ne palatalisent pas les dorsales devant les voyelles antérieures e et i, alors que dans les autres, le q de -sq- se palatalise exactement comme k dans la même position (voir unité 20); c'est la prononciation non palatalisée [-sk-] qui est la plus naturelle pour les Gitans apprenant le romani commun; cependant tous les utilisateurs doivent s'exercer à identifier à l'oreille les multiples autres prononciations possibles. L'intérêt de cette écriture à l'aide des lettres postpositionnelles est donc de respecter ces multiples prononciations possibles, tout en les revêtant d'une unité graphique permettant une lecture facile à tous les autres utilisateurs.

Il est à remarquer que plusieurs parlers, notamment des dialectes ćergars et kelderars n'obéissent à la loi de palatalisation que pour les dorsales écrites k, g et kh tandis que pour des raisons particulières d'évolution, ils ne palatalisent pas le q. Toutefois cette prononciation n'est pas fautive et elle sera employée régulièrement avec les élèves locuteurs de ces parlers.

Une fois de plus, chaque élève doit exercer la lecture selon les lois de prononciation de son parler maternel; comme il a été souligné plus haut, lorsque nous avons dans la classe des élèves de parlers maternels différents, on peut donner la préférence aux prononciations non palatalisées [-g-], [-k-] et [-sk-] respectivement, qui sont les plus anciennes et les plus répandues; ce sont aussi celles qui sont recommandées aux Gitans apprenant le romani commun.

Chacun lit selon son parler, comme il parle à la maison avec les siens, mais nous écrivons tous de la même façon, pour que tous les autres nous comprennent facilement.

 

Annexe :

 

A plusieurs reprises il a été fait allusion aux trois strates dialectales de la langue romani. Le lecteur trouvera ci-dessous un résumé de la structure dialectologique des parlers romani:

 

A) Parlers romani proprement dits

En raison du mode de vie longtemps nomade des locuteurs, les divisions dialectales fondées sur les isoglosses à tracé géographique sont impropres à décrire les divisions dialectales du romani. On préfère distinguer trois strates d'évolution avec leur extension géographique respective:

1) strate I ou Balkano-Carpato-Baltique, la plus archaïque selon plusieurs critères, en particulier quant à la phonologie. On la divise en:

—parlers balkaniques de strate I ; les principaux sont l'erli (Bulgarie et Macédoine), le tharo-gono et le mahaʒer (Cossovie), le mećkar et le kabuʒi (Albanie), le fićir et le xandur (Grèce) ainsi que l'ursari (Roumanie).

—parlers carpatiques ; les plus connus et les mieux développés sont ceux de Slovaquie

—parlers baltiques ; les principaux sont ceux des Polska Roma (Pologne), ceux des Pays Baltes et de Russie Septentrionale

A ce groupe archaïque se rattachent le parler des Roms des Abruzes (Italie) et celui des Mustala (Kaale) de Finlande. 

2) strate II ou Gurbet-Ćergar ; les principaux parlers sont le gurbet (Serbie), le ʒambaz (Macédoine), le ćergar (Montenegro, Bosnie), le filipiʒi (Grèce) etc... Les locuteurs n'ont pas quitté les Balkans si ce n'est très récemment (émigration économique vers l'Italie et l'Allemagne). Les isoglosses séparant les strates I et II sont essentiellement morphologiques.

3) strate III ou Kelderar-Lovari ; les principaux parlers sont le kelderar, répandu dans presque toute l'Europe et les deux Amériques et le lovari, assez répandu également (Europe centrale, Scandinavie, Etats-Unis — il est parfois confondu avec le kelderar). La principale isoglosse séparant les strates II et III est phonologique, il s'agit de la mutation des affriquées, laquelle a restructuré une bonne part du système phonologique des parlers de strate III (v. unités 35 et 42 du livret méthodologique de l'abécédaire).

 

B) En outre, on distingue les paggerdilectes (du nom de la "paggerdi" parlée en Grande-Bretagne, et qui en est le type) constitués d'un vocabulaire résiduel romani employé dans la langue dominante du pays où vivent les locuteurs: les principaux sont d'une part les idiomes ibéro-romani (ou gitans proprement dits), c'est-à-dire les calós à base espagnole, portugaise, catalane etc... et d'autre part l'anglo-romani ou paggerdi de Grande-Bretagne. Ces parlers sont historiquement apparentés à la strate I du romani proprement dit. Sans doute en raison des interdits et des persécutions, leur transmission d'une génération à l'autre s'est effectuée dans le milieu des adultes et du travail, ce qui explique l'étiolement et la perte de la grammaire romani (phénomène dit de "paggerdisation").

 

C) Enfin, également détachés anciennement de la strate I (sous-groupe Carpatho-Balte), on doit mentionner les parlers sinto-manouches, qui eux n'ont pas subi la paggerdisation mais se sont progressivement éloignés du tronc commun jusqu'à rendre l'intercompréhension presque impossible avec le romani proprement dit.

Les mesures dialectométriques indiquent que les parlers du romani proprement dits sont entre eux en rapports de dialecte à dialecte d'une même langue, ce qui est confirmé par la large intercompréhension entre les locuteurs de ces parlers. Les idiomes situés à une plus grande distance dialectométrique, comme les paggerdilectes et les parlers sinto-manuś,  sont connus sous le nom de parlers para-romani.

Les paggerdilectes (quelques centaines de milliers d'usagers en tout) sont très éloignés des parlers romani proprement dits, tandis que les parlers sinto-manouches (également quelques centaines de milliers d'usagers) se situent dialectométriquement plus près des parlers romani proprement dits (des millions d'usagers) que des paggerdilectes, ce que confirme l'absence d'intercompréhension avec ces derniers.

 


[1] Attention: en Alphabet Phonétique International, le symbole ʒ représente le son j dans le français "jour", alors qu'en romani, ce même symbole est une lettre spécifique dont la prononciation est expliquée à l'unité 42 de cet abécédaire.

[2] Pour l'explication de la structure dialectologique de la langue romani et de la notion de strate, voir annexe in fine.

 

MC